Quand j'arrive à Djerba, je suis saisie par la beauté du ciel et de la mer.  Le Bleu.  Le Beau.  Une forme d'extase s'empare de moi.  Je peux rester des heures à contempler  la mer, à l'écouter, à être ailleurs en moi comme à l'extérieur.  C'est jour de grève, oui vous avez entendu parler de ces ordures sur l'île qui sont partout et transforment l'île en dépotoir.  Donc c'est jour de grève et mon amie Fatma vient me chercher pour que nous allions visiter son atelier de peintures à HOMT SOUK.  Nous stationnons.  Tout est fermé.  Personne dans les rues.  Comme cette ville fantôme, abandonnée à elle-même est belle, le bleu des portes, le bleu des volets, et les ordures auxquelles certains ont mis le feu brûlent mais il n'y a personne.  Je me glisse dans ces formes des arcades, rondeurs que j'épouse tout en souriant à ce silence si inhabituel de ce port de pêche très animé et très accueillant.  La porte de l'impasse conduisant à l'atelier est fermée.  Nous rebroussons chemin.  Des jeunes gens sont allés chercher des brouettes, ramassent dans l'une des rues quelques sacs.  Il y a une volonté toute puissante qui semble résister à dénouer cette situation.  Alors je m'interroge: l'émotion que j'éprouve, ce beau qui me submerge, qui résonne dans chacune de mes cellules ne vibre-t-il pas chez les responsables de l'île?  Je suis une touriste, une voyageuse et le beau me chavire, m'étreint quand j'y fais face ou quand il me fait face.  Car le Beau est une entité créé dans un environnement qui appelle son adhésion : adhérer au beau n'est-ce pas avoir le goût du partage, d'une communion entre chaque objet, pierre, édifice, entre chaque être, donner du sens à ce concept pour que son rayonnement savouré par l'esprit nous engage à des actions humaines, portées par notre sensibilité aiguisé à ordonner l'essentiel, c'est-à-dire le lieu où nous vivons.  Qu'est-ce que le beau?  Une émotion, un sentiment, un goût esthétique, une architecture précise?  Un paysage ou une oeuvre d'art à vous couper le souffle.  L'art de la fugue ou la voix humaine?   Le beau, serait-ce donner un sens harmonieux, équilibré à chacune de nos paroles et de nos actes...apprend-on le beau ou est-il inné?  Le beau n'est pas inné car si cela l'était la planète terre serait un lieu où depuis des siècles nous aurions renoncé à prendre le pouvoir les uns sur les autres.  Nous serions à l'écoute de nos sensations et notre parole serait un chant d'amour où responsables de notre terre, nous refuserions tout ce qui va à l'encontre de cette énergie du beau qui nous permet d'accéder à des méditations et contemplations quotidiennes là où notre corps se relie à l'essentiel de l'énergie et refuse ce qui va à l'encontre de sa beauté et de la beauté de son humanité.  Le beau...réflexion ce soir dans une île belle avec des élus qui laissent la situation se dégrader...alors que respirer le beau devrait nous aider à trouver une solution.  Savons-nous respirer? Ou comment respirer autrement?