A Pierre Eliott Trudeau, Jean-Pierre m'attendait, quarante six années d'amitié dans un tête à tête lucide, dans la joie de partager, de créer ensemble, de réaliser des rêves dits "utopiques" mais devenant possible.  Plein de monde à l'arrivée, l'avion n'a pas de retard et je me faufile parmi les passagers, au rendez-vous je ne le vois pas, il y a foule et s'entremêlent sourires, anxiétés, appels, enfin il est assis devant moi, "tu viens d'arriver?", "mais non je suis là depuis plus d'une bonne demie-heure", et nous voilà sur la route de Mont-Laurier, étoilée et sans autre véhicule bientôt que le nôtre.  Nous nous rendons chez nos amis Joan Pawnee, de la nation Nipissing et chez Robert Seven Crows de la nation Migmac...Joie des retrouvailles, découverte de leur maison construite de leurs mains, Robert est charpentier et Joane me confie que leur demeure porte où que nous soyions dans la maison empreinte de leurs deux énergies.  Couple de l'idéal, cinq enfants et autant de petits enfants, leur vie est un témoignage de l'amour inconditionnel qu'ils s'offrent entre eux et qu'ils partagent avec leurs amis.  Il est bon de les retrouver dans leur lieu après avoir vécu ensemble cet été le festival "AMUN" au Beauvais.  France et Québec, le pont se crée et se construit dans ces dimensions nouvelles où nous mettons en commun traditions, connaissances d'hier et d'aujourd'hui .  Je n'oublie pas le pain banique fabriqué et cuit par Robert et Joanne(ils avaient apporté des atacas du québec), dégusté par notre public tandis que maintenant à la veille de leur retour en France nous goûtons les produits de leur jardin.  Devant leur maison une rivière, il fait très chaud en cette fin septembre, nous écoutons le chant des outardes, séduction de cette musique céleste, Joanne ramasse leurs plumes pour un capteur de rêves, Jean-Pierre plonge dans l'eau, puis nous nous prélassons dans le sable chaud.  L'après-midi les hommes pêcheront et nous femmes marcherons le long de la rivière.  Le soir nous discutons:"les Québécois ont des préjugés face aux nations indiennes de leurs territoires et nous ne sommes pas encore acceptés par l'ensemble.  Ils ignorent qui nous sommes.  Peur.  Ils ont peur.  Bien sur cela n'est pas comme jadis, il y a un lent et doux  apprivoisement de part et d'autre, mais que connaissent-ils de nos coutumes, de notre tradition, de notre langue. Le mythe hollywoodien n'a pas encore disparu des esprits."  Nous quittions le lendemain matin tôt cet oasis de vie, sereins et détendus. Après nous être arrêtés devant deux ponts couverts datant de 1903 et une immense sculpture relatant la vie de Joe Montferrand, un héros de la région de Mont Laurier. Le soir même j'allais rencontrer des chamanes péruviens au Centre Vox populi initiant le public québécois très nombreux à leurs rituels de guérison et de méditation.  Je sortais irritée:pourquoi les québécois n'ont-ils pas plus la curiosité de leurs propres traditions, de nos nations résidant en région, des vertus de nos plantes médicinales, de la hutte de suddation, de la loge des lunes, du shaputuan...plusieurs d'entre eux prendront l'avion vers le Pérou mais ne serait-il pas également utile et sage de commencer à nous rencontrer entre les différentes nations vivant au Québec dans la reconnaissance de notre histoire, nous familiariser,dialoguer et inventer une histoire d'amour en  lâchant prise à cette si absurde peur des uns envers les autres?